Drogue et Addiction

 

L’addiction

Je suis addict, moi ? Mais qu’est-ce que vous racontez ? Je peux arrêter quand je veux !

Vous connaissez ce refrain ? Mais qu’est-ce qu’une addiction ?

L’addiction, ou dépendance, est une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s’y soustraire. Le sujet se livre à son addiction (par exemple : utilisation d’une drogue, ou participation à un jeu d’argent), malgré la conscience aiguë qu’il a — le plus souvent — d’abus et de perte de sa liberté d’action, ou de leur éventualité.

Une addiction se manifeste par un phénomène de manque lorsqu’on est privé d’un besoin non vital (exemples de besoins vitaux : nourriture, sommeil…). Cette addiction est dite grave si son sevrage entraîne de la violence ou de l’agressivité.

Les classifications distinguent la dépendance (l’addiction), et l’usage nocif ou l’abus de substance.

Dépendance

Ensemble de phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques survenant à la suite d’une consommation répétée d’une substance psycho-active, associés à :

  • un désir puissant de prendre la substance ;
  • une difficulté à contrôler la consommation ;
  • une poursuite de la consommation malgré les conséquences nocives ;
  • un désinvestissement progressif des autres activités et obligations, au profit de cette substance ;
  • une tolérance accrue et parfois un syndrome de sevrage physique.

 

Les drogues

Témoignage anonyme

Il n’y a pas d’être mauvais, il y a des êtres qui ont mal

« Je ne savais pas où ça m’amènerait, et la vérité, ça ne m’intéressait même pas. Ce qui m’intéressait, c’était de planer ».

A toi qui me lis,

Je voudrais que tu lises cette lettre jusqu’à la fin, bien qu’il soit possible qu’elle ne t’intéresse pas vraiment, mais crois-moi lorsque je te dis que c’est important parce que c’est ce que je pensais aussi au début.

J’avais 13 ans quand tout a commencé, on était assis avec les copains du quartier et l’un d’eux a apporté de l’herbe avec lui et m’en a donné, je ne savais pas vraiment ce que c’était et j’ai fumé, c’était vraiment amusant, je me sentais bien.

Je ne savais pas où ça m’amènerait, et la vérité, ça ne m’intéressait même pas. Ce qui m’intéressait, c’était de planer, et à force de n’être intéressé que par ça, je me suis fait arrêter encore et encore, et je ne comprenais toujours pas l’importance que la drogue avait prise dans ma vie.

Au fil du temps, j’ai essayé des nouveaux types de drogues.

Beaucoup de gens voulaient m’aider mais je ne voulais pas de cette aide, je n’en avais pas besoin. Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde me sautait dessus. Ce qui était important pour moi, c’était de planer, j’étais dans une sorte de bulle dont je ne pouvais pas sortir.

Les arrestations ont continué et sont devenues plus en plus difficiles et douloureuses, et je suis devenu un criminel aux yeux de la police. Les rumeurs se sont répandues à un rythme fou et je ne voulais rien faire pour arrêter ça. Je pensais que j’avais le contrôle et que je pouvais m’arrêter quand je voulais, seul et sans l’aide de personne.

La situation avec mes amis s’est détériorée. J’ai commencé à traîner avec des personnes plus âgées que moi et des criminels, je me suis disputé avec ma famille et j’ai tout ruiné !

À l’école, les enseignants parlaient de moi derrière mon dos et beaucoup de monde voulait m’aider mais j’étais contre et je n’ai laissé personne s’approcher et, comme toujours, ce qui m’intéressait c’était de planer. Comme d’habitude, j’étais sûr de savoir ce que je faisais, sûr que je contrôlais cela et que ce n’était rien de grave mais j’avais tort. . . . . .

Je me suis retrouvé dans des situations où je n’avais plus d’argent pour me procurer de la drogue, je me suis endetté et puis j’ai commencé à vendre des drogues.

(Tout avait commencé par des petites choses sans grande importance et prenait de plus en plus d’ampleur – j’avais commencé avec un peu d’herbe et j’en étais arrivé aux drogues dures, j’avais commencé par la consommation et j’en étais arrivé au trafic.)

Aujourd’hui j’ai presque 20 ans. J’ai été arrêté, on m’a placé dans un centre de détention pendant un certain temps et j’ai commencé à me demander : « Qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que cela m’a apporté ? »

J’ai été libéré et j’ai décidé d’aller au centre de désintoxication, où je suis aujourd’hui et j’apprends à me débrouiller dans une vie sans drogue, j’apprends à supporter ce manque si profond, j’apprends comment réparer tout ce que j’ai ruiné. J’ai accepté de recevoir de l’aide parce que j’ai compris que ce n’était plus moi qui avais le contrôle de ma propre vie…

Je te propose maintenant, tant que tu es encore jeune et que tu n’as pas encore tout détruit, tant qu’il y a encore des gens autour de toi qui veulent t’aider, d’accepter leur aide et d’accepter que tu as perdu le contrôle et qu’aucune drogue, aucun high ne valent la peine.

Je crois en l’être humain et je crois qu’il est capable de faire de grandes choses de sa vie. Prend donc ta vie en main et ne laisse pas la drogue te détruire !

Moshe Kron, directrice du « Young Ma’agal » (מעג »ל צעיר) Centre de désintoxication « Lifta » pour les jeunes à Jérusalem, répond à vos questions sur l’abus de drogues, et la dépendance ainsi que la désintoxication.

Voici une sélection de questions et de réponses sélectionnées.

  1. Nous voulions savoir, si nous fumons de l’herbe le week-end avant de sortir, est-ce que cela s’appelle cela de la dépendance ?

  2. La dépendance est le résultat d’un processus. C’est-à-dire qu’il y a toujours des étapes précoces d’utilisation occasionnelle, puis une utilisation continue et à la fin du processus, une dépendance qui peut se produire.
    Il est probable que l’utilisation de l’herbe le week-end ne soit pas assimilée à de la dépendance. Mais comme nous l’avons dit, un processus qui finit par conduire à la dépendance pourrait bien se développer.

Réaction à la réponse : l’herbe n’est pas un médicament physiquement addictif. Mais certains disent qu’il est mentalement addictif …Personnellement, je fume depuis presque 3 ans, parfois 3 fois par jour et parfois une fois par semaine. Prends-le moins au sérieux parce la vodka, par exemple, est plus dangereuse. Bref, kiffe-toi une fois par semaine, juste que le grass ne devienne pas l’essentiel de ta vie.


  1. Bonjour, chacun d’entre nous apprend de sa propre expérience. J’ai été directeur d’un centre de réadaptation pendant de nombreuses années et j’ai rencontré des personnes plus âgées et jeunes chez lesquelles l’utilisation de l’herbe ou du haschich était obsessionnelle. Parmi certains, le processus de désintoxication avait également été accompagné d’un syndrome physique – agitation, insomnie, etc., ainsi que des effets émotionnels tels que l’irritabilité et une forte envie d’herbe. Comparer l’herbe à de la vodka revient à comparer la mangue au steak tartare…Votre expérience réussie au grass ne garantit pas que ce sera l’expérience de Nitzan ou Ma’ayan.
    J’ai une question pour vous et essayez de me répondre honnêtement: recommanderiez-vous à votre fille de 15 ans de fumer du grass?* * * * * *
  2. Bonjour, j’ai vu votre site et j’étais très intéressé. J’aurai voulu vous demander : qu’est-ce que je suis censé faire si les joints ne me font plus d’effet ?

  3. La tolérance à la drogue tout comme à l’alcool est une condition dans laquelle la quantité consommée ne donne pas l’effet de high escompté. L’un des dangers dans cette situation, est que le processus d’augmentation des quantités de drogue, ou pire encore, le passage à d’autres drogues plus fortes ne commence.
    Je pense que la bonne chose à faire serait de réfléchir à ce qui t’arrive et peut-être consulter quelqu’un?
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  4. J’ai une question sur les effets du grass: quels sont les noms des matériaux actifs dans grass ? Comment ont-ils une incidence sur le cerveau ? Et combien de temps faut-il pour que toutes les substances sortent du corps et ne soient pas découvertes lors d’un test de dépistage ?
  5. L’ingrédient actif dans l’herbe est une substance appelée THC. Le professeur Meshulam de l’Université hébraïque était le chercheur qui l’a synthétisée et l’a étudiée. Son action dans le cerveau est complexe. En principe, les substances psycho-actives influencent l’action des substances cérébrales appelées neurotransmetteurs impliquées dans la communication entre les neurones de la cellule du cerveau. Les différents médicaments imitent, rivalisent, bloquent et affectent les actions des neurotransmetteurs. L’ingrédient actif dans l’herbe se connecte aux cellules adipeuses et prend donc plus de temps pour quitter le corps. Des traces d’herbe peuvent être détectées après quelques mois.
  6. Q. J’ai 17 ans, je suis en 1ère et j’ai une amie de 16 ans que je connais depuis toujours.
    À un moment de sa vie (il y a une demi-année), elle a commencé à prendre de la drogue, et petit à petit elle est passée du hachisch et aux drogues plus fortes. Elle continue de me promettre qu’elle va arrêter et prétend qu’elle peut le faire seule, mais elle recommence toujours. Mes parents savaient qu’elle prenait de la drogue, mais maintenant elle les a convaincus et ils pensent qu’elle a arrêté. Qu’est-ce que vous me conseillez de faire ?

  7. Votre préoccupation pour votre amie est probablement justifiée. Dans le processus de dépendance, on retrouve souvent cette tendance à promettre de s’arrêter. Et c’est probablement ce qui arrive à votre amie – d’un côté elle souhaite s’arrêter mais d’un autre, cela semble très difficile. Je vous suggère de dire à votre amie que vous êtes inquiète pour elle et que vous pensez qu’elle devrait obtenir de l’aide. Je pense aussi que ses parents devraient connaître son état afin qu’ils puissent l’aider.*****
  8. Bonjour, je voulais savoir ce qu’est un processus de désintoxication, comment cela se passe exactement et combien de temps cela prend-il?

  9. Le processus de désintoxication consiste à traiter les réactions physiques suite à l’abstinence de drogue – communément appelé « crise ». Cette étape dure environ une semaine, les trois premiers jours sont les plus difficiles. Dans la deuxième étape, il s’agit de faire face aux conséquences émotionnelles et comportementales suite à l’absence de drogue – ces réactions sont souvent plus prolongées que les réactions physiques. À ce stade, il y a une tendance à abandonner la désintoxication en raison du désir intense de la drogue.
    Il s’agit d’une description générale de la désintoxication. La phase de base dure environ trois mois et il y a un programme de suivi de réhabilitation qui dure au moins une année.****
  10. L’année dernière, pendant les vacances d’été, nous avons fumé du grass avec des amis (pour une expérience). Les premières fois n’ont eu aucun effet sur moi, mais après quelques fois, je senti une sensation de sècheresse dans tout mon corps et je n’avais plus de liquide même lorsque j’ai essayé de cracher. En plus de la fatigue et des nausées que j’ai ressenties, j’ai ressenti des sortes de piqûres dans tout mon corps et tout a été rouge autour de moi. Mes amis n’ont pas eu le même effet et ont fumé la même quantité. Suis-je allergique au grass?

  11. Chaque personne réagit différemment à la même substance. Parfois, les réactions peuvent être très extrêmes et fortes chez une personne, et très douces, voire absentes. Il est tout à fait possible que vous soyez allergique.
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  1. Quelle serait votre réponse si je vous disais que j’avais envie d’essayer de fumer un joint, juste par curiosité pour me sentir en high ou autre. Juste que vous sachiez que je n’y ai jamais touché jusqu’à maintenant, même pas la cigarette.

 

  1. Si tu me demandais à moi, je te dirais de te passer de cette envie. Je sais par expérience qu’une première fois amène la plupart du temps à une deuxième fois, ainsi qu’à une troisième et cela parce qu’en général les premières fois s’avèrent décevantes. Le fait que tu n’aies encore rien touché jusqu’à présent n’éveille en moi que de l’admiration !

 

  1. Est-il vrai que les drogues douces ne sont pas nocives à long terme ?

 

  1. La définition de « drogues douces » est problématique. Si quelqu’un fume tous les jours du matin au soir du grass, les conséquences sont très lourdes n’est-ce pas ? Si quelqu’un fait une crise psychotique suite à l’utilisation d’une drogue douce, cela peut avoir des conséquences nocives à long terme. Il est vrai que certaines influences du grass (par exemple sur la mémoire et la capacité érectile) sont à court terme.

 

  1. J’aurais voulu savoir si le grass provoquait une dépendance réelle ?

 

  1. Le grass est une substance psycho-active, c’est-à-dire qu’il a des effets sur les sentiments, le comportement ainsi que différentes performances. Il y a des jeunes qui développent une dépendance et consomment de plus en plus, il y en a d’autres qui disent ne consommer de grass que rarement, à certaines occasions. L’année dernière, de nombreux jeunes sont arrivés dans notre centre de désintoxication Lifta pour que nous les aidions à se désintoxiquer du grass parce qu’ils n’y arrivaient pas seuls. Pour ceux qui deviennent dépendant du grass, les effets de la dépendance sont très forts.

 

  1. Est-ce que la consommation de grass peut provoquer la folie ?

 

  1. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux: DSM4 il y a un diagnostique appelé : trouble psychotique induit par une substance. Ce n’est pas un phénomène très répandu mais ce n’est pas non plus un phénomène rare. Dans le journal « Ha-Refoua » en Israël il y a une recherche qui décrit le traitement de jeunes qui souffraient de psychose suite à la consommation de grass:

 

  1. Quels sont les critères pour définir qu’une substance est une drogue ?

 

  1. Prenons par exemple un médicament comme le valium. Lorsqu’un médecin le préscrit à un patient et que le patient le prend selon ses instructions, nous appelons cela un médicament. Lorsqu’un homme prend le même valium sans ordonnance, en consomme la quantité de son choix pour avoir un sentiment de high, le même valium devient alors une drogue. Le ministère de la santé en Israël, comme dans le reste du monde, vérifie les effets des différentes substances et décide si oui ou non il faut les inclure dans la liste des drogues dangereuses.  

 

  1. Aujourd’hui j’ai 20 ans. À 14 ans je fumais mais aujourd’hui j’ai arrêté.  À l’époque cela ne m’a pas dérangé, et je vois aussi des gens de 30-40 ans qui fument du grass de manière modérée sans que cela n’influence leurs performances, peut-être un petit peu sur leur mémoire, mais je sais aujourd’hui que le grass ne m’a pas nui à l’époque. Mais j’ai un peu peur de retoucher à ça. Quelles raisons vous pouvez me donner pour m’empêcher d’en reprendre ?

 

  1. La décision de consommer ou non du grass est une décision personnelle. Le fait que tu aies « un peu peur » d’en reprendre prouve qu’il y a quelque chose en toi qui recule devant l’idée de renouveler l’expérience que tu as vécue à 14 ans. Cette voix qui te dit « non » est une voix qui mérite que tu l’écoutes, qu’en penses-tu ?

 

R.R. Mes comptes, je les fais avec moi-même, je te demande à toi : « Pourquoi pas » ?

 

  1. Il y a énormément de raisons pourquoi pas! Je peux te donner mes raisons à moi et je ne sais pas à quel point elles te conviendront, je vais t’en donner deux : n’est-ce pas mieux de parler avec des gens qui ne sont pas saoûls ou défoncés ? N’est-ce pas mieux de faire entrer dans notre corps le moins possible de substances psycho-actives ? Notre cerveau est la partie la plus importante de notre corps et la science jusqu’aujourd’hui n’en connaît relativement que très peu. Ne serait-il pas sage de ne pas y faire rentrer de substances qui influenceront sur son fonctionnement ?